Right Said Freud
Je sors de chez ma psy. Je suis un des multiples névrosés, hé oui, qui soigne son mal-être par un autre mal mais qu'il a choisi : la psychanalyse. Bref...
Ce soir, après le boulot, assez naze, je cours m'allonger sur le divan de Tatiana. (Elle n'a ni lunettes ni barbiche mais elle fait son taf, quoi.)
Et là, d'un coup, au détour d'une anodine anecdote, je crache le morceau. Ce qui me tracasse depuis un certain soir...
Ce qui depuis, me hante, ne veut plus me quitter, le disease que je n'arrive pas à shaker de ma head, quoi... Cette masse visqueuse et noirâtre qui a profité d'un instant d'ouverture pour s'infiltrer insidieusement en mon âme et en mon coeur... Ce... (bon il va la cracher sa valda???)
...la peur.
Je lui dit que quelque chose s'est passé et que depuis, j'ai peur. Une peur qui travaille en tâche de fond, mais qui est bien là, tapie, prête à fausser ma vision des choses, à me mordre pour me paralyser. C'est très simple.
C'est à cause du visage explosé de Jean-Hugues Anglade sur les kioskes à journaux après son agression gratuite, la semaine dernière. (Putain, un visage ça peut devenir COMME CA????) Puis des multiples affiches lacérées du salon des pédés, le fameux "Raimbow Attitude". Afiiches déchirées ou recouvertes d'horreurs contre nous...
Contre MOI.
Et après association sauvage d'images et d'idées, voilà qu'à trente trois ans, je connais soudain la peur dans la rue à Paris.
Je regarde les gens. Si ça se trouve, là dedans, il y en a qui me feraient ce qu'on a fait à Anglade. Voilà. C'est la première fois que je prends conscience de la violence aveugle, bête et méchante. Je pense à Matthew Shepard, aux deux Iraniens de 17 ans pendus, tout ça, et je me rends compte que tout ça pourrait bien me pendre au nez. C'est à Moi qu'on fait tout ça.
C'est stupide, c'est exagéré, c'est irréaliste...mais l'esprit prend des raccourcis. Et pas qu'à moitié, tant qu'à faire. Voilà, les amis. Moi, sain d'esprit, pas honteux pour un sou de ce que je suis, fier d'être capable de ressentir de l'amour... me voilà en proie à une pétoche rampante qui ne cesse plus de...heu...ramper.
Ce qui m'étonne le plus, c'est que cette évidence (à savoir l'homophobie, appelons les choses par leur nom) me saute à la gueule à trente trois ans!!!! Je n'ai jamais eu le moindre problème , j'ai dû être extrêmement chanceux, (même si ça ne s'est pas super bien passé au début avec mes parents) Et voilà. Alors... Pourquoi si tard??? Pourquoi maintenant, cette angoisse me saute à la gueule?
Et du coup, je lui dis, à Tatiana. Je lui dis tout.
-"Mais quand même, à trente trois ans c'est TARD, non????"
Et , ce soir, à la fin de sa journée de taf, elle devait être d'humeur à déconner (on aurait mieux fait d'aller boire une pinte tous les deux, alors...) Elle me répond ceci :
-"Ben, peut être que vous êtes un attardé"
!!!!!!
?????
puis: "Non, je plaisante, bien entendu".
MAIS C'EST QU'ELLE A DE L'HUMOUR CETTE CONNE!!!!!!!!
Bon, je lui en veux même pas, la preuve, j'y retourne la semaine prochaine... (Et pendant les trente prochaines années???????)
25/10/05 - 21:19
Respirez, vivez, si vous commencez à avoir peur de ce qu'il pourrait vous arriver vous n'arriverez plus à vivre. Les pourcentages d'agressions sont minimes.
loup03