I said no, No, NO !
C'est interessant...
Personnellement, ça me laisse perplexe.
Le magasin où je travaille est un bon poste d'observation pour toutes sortes de comportements humains. Grand Librairie Parisienne. Forcément, on a du passage. Les gens sont très différents, certes, mais tout de même, force est de reconnaître que, confrontés à la même situation, on peut commencer à ranger leurs réactions dans diverses catégories. On pourrait presque faire des statistiques. A partir de ces statistiques et, en données corrigées des variations Goldberg , on pourrait ensuite couper toutes les têtes qui dépassent , tailler dans le gras , déplumer la bête, et enfin, envoyer les chiffres, les catégories et les stats, se faire foutre vu que bon, au final, à la fin, c'est quand même l'impression générale qui reste.
Et l'impression qui me reste est, pour le coup, très précise. La conclusion aussi . Et je m'en vais vous la livrer :
S'il est une chose qu'un client n'est pas prêt à entendre , c'est simplement celle-ci :
NON .
Alors là, rien à faire. Le NON, ça ne passe pas. Le Client ne s'est pas déplacé pour s'entendre dire NON. Malheur au prestataire de service qui osera lui répondre ce mot de trois lettres. Après tout, il est dans son monde, dans sa bulle de désir de consommation, et le paradis est à présent à portée de sa bourse, puisqu'il a chopé un vendeur.
Déjà, pendant la recherche de l'article (des livres, en l'occurence) , il se tortille en haletant : "Dites-moi que vous l'avez"...
Si vous le taquinez un peu en laissant planer le doute "Chais pas si j'en ai encore..." , il prend alors un air suppliant : "Ne diiiites pas çaaaa" (existe aussi en version légèrement menaçante)
Si vous n'avez définitivement PAS l'article incriminé, il vous faudra alors prendre des gants (ceux de Mickey ou plus gros, si vous trouvez) afin de lui annoncer la funeste nouvelle. Florilège de réactions : " PFFFFFFF,putain !!!" , "Eeeet Merde." , "J'en étais sûr " , "Diiiiites pas çaaaaa" , "ET JE FAIS COMMENT MOI, ALORS ???" ...
Bien entendu, le Client se reprend rapidement , car un NON ne peut pas en être un. Il a dû mal comprendre. En effet , le NON n'existe pas. Ce qui donne lieu à des dialogues cocasses (ouais, enfin après SEPT ans de dialogues cocasses, au mieux on se lasse , au pire on se casse) , dans le genre :
Vendeur :" -Ah, vraiment désolé, je n'en ai PLUS UN SEUL .
Client : Ne diiiites pas çaaaaaa... Bon, et , en occasion ?
Vendeur : Heu...je disais...heu...plus un seul , ce qui veut dire...heu...
Client : Mais vous en avez peut-être en occasion, non ?
Vendeur. Je n'en ai PLUS...UN...SEUL...j'ai dit. Ca inclut l'occasion.
Client : Mais j'en ai besoin...
Vendeur : Eh bien j'en ai commandé, normalement je devrais en avoir à nouveau avant la fin de la semaine.
Client : Mais ça fait PLUSIEURS JOURS, ça !!! Moi je voulais l'acheter là maintenant aujourd'hui immédiatement parceque c'est maintenant que l'idée de l'acheter m'est venue et du coup c'est maintenant qu'il me le faut oui c'est ça tout de suite maintenant pas dans PLUSIEURS JOURS non c'est maintenant, acheter,acheter,acheter,acheter....(léger filet de bave )
Vendeur : Je comprends votre désarroi, Monsieur le Client mais je ne peux pas l'avoir plus vite.
Client : Il arrive quel jour ?
Vendeur. Quand l'éditeur nous le livrera. Bref, dans la semaine. Je ne peux pas savoir le jour.
Client: Mais quel jour ? Il y en aura assez ? Je peux en réserver un ? on peut pas en commander en occasion ? Vous croyez qu'y en a à la FNAC? Et vous avez l'adresse de l'éditeur ? Vous n'en avez même pas un petit caché quelque part ? Vous pourriez me prévenir quand il arrivera ? Je peux dormir ici jusqu'à ce qu'il arrive ? MAIS COMMENT JE FAIS MOI, ALORS ????Vous pouvez me l'apporter à la maison quand il sera arrivé ? Vous pouvez pas me le recopier, là , maintenant, de mémoire ? "
NOOOOOOOOOOON !!! PUTAIN DE BORDEL DE BITEUH , Y'en a pas, y'en aura bientôt à nouveau , c'est pas compliqué à comprendre, non ???
Ah oui,une exception notable à la règle. Parcequ'il faut une exception.
Les clients Japonais.
Alors ça c'est assez étrange. S'ils vous demandent un article que vous ne pouvez pas fournir....ILS S'EXCUSENT !!! Et pendant des plombes, en plus .
Et j'ai fini par comprendre pourquoi, avec l'aide d'un collègue expert en culture nippone. En fait c'est simple : s'ils s'excusent, c'est parcequ'en vous demandant un livre que vous n'avez pas...ils estiment vous avoir pris en défaut, et donc vous avoir mis dans une position inconfortable, voire, vous avoir humilié publiquement. Du coup, ils s'en veulent vachement.
Ou alors ils s'excusent pour la forme, en signe de bonne éducation.
Il n'en reste pas moins que du coup ils vous considèrent comme une grosse merde.
Je sais que cet article est atrocement long. Mais je ne peux terminer sans apporter des solutions, pour faciliter le travail de tous les vendeurs de ce Monde. Merde, moi je veux être utile à vivre et à rêver. Au minimum. A quoi sert un libraire, quand il est désarmé ?
On va commencer par les Japonais (y'en a moins que de Parisiens, quand même, à Paris) . Je suggère ceci : Vu qu'ils se répandent en salamaleks pour vous avoir (selon eux) mis plus bas que terre ...Vous pouvez les emmerder...en vous excusant à votre tour!!! Ben oui, après tout , VOUS les avez mis, eux, en position d'être forcés de s'excuser! Ce qui n'est jamais facile, et ne serait jamais arrivé si vous aviez eu le livre qu'ils voulaient. Vous les avez forcé à se rabaisser à vous demander pardon, et pour ça, vous êtes prêt à vous frapper le torse avec l'intégrale de Marx dans la Pleïade entourée de barbelés en signe de contrition. Si ça se trouve, ils vont se sentir mal de vous avoir mis dans cet état et vont s'excuser de....
Vous voyez le truc. Ces Japonais, ils ont vraiment un mode de pensée retors. C'est vrai, quoi? Ils peuvent pas vous engueuler comme tout le monde ? Du coup, ce sera à qui se lassera le premier de s'excuser.
Pour ce qui est du Client Parisien de base, c'est bien simple. Quelle que soit la question ("MAIS JE FAIS COMMENT,MOI,ALORS ???" , "MAIS POURQUOI LE LIVRE N'EST PLUS EDITE ??? " etc etc etc ) , mes collègues et moi avons eu une idée qui devrait clouer le bec à virtuellement n'importe qui.
Il suffit de sourire en griffonant quelques mots sur un papier libre.
Puis de tendre celui-ci au Client d'un air complice. Eventuellement, on peut rajouter à mi-voix : "y'a toujours une solution, vous savez..."
Sur le papier, vous aurez noté l'adresse du Palais de l'Elysée , avec la mention : demander Nicolas.